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Travailler plus ? Non travailler mieux

10 septembre 2018 à 06:11
Une autre organisation du temps travail, notamment, permet d’améliorer son quotidien.

Le bien-être au travail n’est plus un sujet tabou en élevage, au contraire. Pour concilier performance technico-économique et vie privée, des éleveurs s’organisent.

Ne comptez pas sur elle pour livrer des recettes toutes faites à la question de l’organisation du travail sur les exploitations agricoles, d’une part parce qu’il y en a autant que d’éleveurs et d’autre part, “parce qu’on n’est pas là pour donner une solution mais pour accompagner les éleveurs dans leur réflexion”, explique Sophie Chauvat, chef de projet à l’Institut de l’élevage (Idele), qui planche depuis le début des années 90 sur le thème du travail en élevage. Cette dernière était l’invitée hier de la session de rentrée de la Chambre d’agriculture. En préambule, elle rappelle qu’à l’époque, il y a une bonne vingtaine d’années, les réflexions étaient centrées sur l’amélioration de la productivité du travail ou comment produire plus à moyens humains constants. Le bien-être au travail ne faisait par partie des vocables agricoles.
“Avec le temps, ces demandes ont évolué pour deux raisons essentielles, analyse l’intervenante : d’abord parce que les attentes des éleveurs ne sont plus les mêmes, ils sont davantage demandeurs de temps libre, d’un meilleur équilibre entre vies privée et professionnelle...” Le leitmotiv n’est plus de travailler plus et plus vite mais “mieux, plus confortablement et moins”.

Entendre les attentes des éleveurs

Deuxième phénomène : des attentes - voire des injonctions - sociétales qui interpénètrent de plus en plus le travail des éleveurs  : bien-être animal, alimentation plus saine, environnement... Troisième facteur : “des collectifs de travail qui évoluent”, avec une main d’œuvre familiale  - jadis souvent bénévole - qui s’érode en même temps que les exploitations s’agrandissent ; des jeunes femmes qui s’imposent aujourd’hui comme chefs d’exploitation à part entière, la montée en puissance de la part du salariat avec toutes les questions liées aux ressources humaines que cela suppose et, là aussi, la nécessité de rendre le salariat agricole -comme le métier d’éleveur lui-même - plus attractifs.
“Finalement, aujourd’hui, on aborde presque la question du travail à l’envers, en partant d’abord des attentes de l’éleveur”, souligne Sophie Chauvat, pour qui les conseillers perçoivent bien cette nouvelle donne. “On est de plus en plus sollicités par des conseillers ultra-techniques qui, par exemple, nous disent : “Cet éleveur, ça fait dix ans que je lui répète de grouper les vêlages, ça fait dix ans qu’il ne le fait pas.” Sauf que ces conseillers ne prennent pas du tout en compte ce que ce changement génère comme conséquences dans l’organisation du travail de l’éleveur.”
Autre exemple, contemporain, que cite la chargée de projet de l’Idele : la volonté affirmée des opérateurs (coops, groupements de producteurs...) d’aller vers un pré-conditionnement des broutards. “L’idée est de les préparer  à leur futur régime en centre d’engraissement en les rentrant un mois et demi avant leur départ et en commençant à les complémenter avec une alimentation sèche”, explique-t-elle. Sur le papier, techniquement, ça fonctionne. Mais dans les faits, pas vraiment : “Il faut d’abord analyser les conséquences, les freins en termes de travail pour l’éleveur. Sinon, c’est voué à l’échec.”
Concilier approche technico-économique et sociale, c’est pour l’Institut la clé d’un développement serein de l’exploitation. C’est ce que Sophie Chauvat s’est attachée à illustrer vendredi au travers de plusieurs trajectoires d’éleveurs. Des améliorations qui peuvent prendre différentes formes : simplification des conduites du troupeau et/ou des surfaces, réorganisation de la main d’œuvre, rationalisation des bâtiments et équipements,...

La salle de traite fermée l’été

Luc et Marc, la quarantaine, deux frères installés hors cadre familial dans l’Ain, cherchent en permanence à concilier l’efficience économique de leur activité et une dimension sociale pour ne pas devenir esclaves de leur métier-passion. En système laitier bio spécialisé, les 240 000 litres de leur troupeau est valorisé en AOP comté. Pour diminuer l’astreinte et améliorer le confort des animaux, ils ont décidé, lors de l’été caniculaire de 2003, de supprimer la traite du soir avec une certaine satisfaction. Une expérience qu’ils n’ont pu renouveler, le cahier des charges de l’AOP imposant deux traites quotidiennes. Ils se sont dès lors orientés vers la fermeture de la salle de traite l’été, facilitée par la prépondérance des vêlages d’automne. Depuis, tous les vêlages sont regroupés sur septembre et octobre et la salle de traite fermée du 14 juillet au 1er septembre. Un schéma qui satisfait les deux associés sans pénaliser leurs résultats économiques (48 000 € EBE/UMO). 
Autre innovation mise en œuvre au sein du Gaec : l’élevage de génisses sous des nourrices. Les vêlages étant groupés, les veaux mâles et femelles sont répartis en lots de 4-5 et mis sous des vaches nourrices (de réforme). Les mâles sont vendus à 15 jours, les 15 génisses de renouvellement restent elles au pré 8-9 mois avec trois vaches sans concentré. Une méthode jugée très positive car moins gourmande en temps de travail et permettant des croissances sécurisées. Ces innovations, qui portent sur des conduites techniques, réalisées sans investissement, permettent donc un retour en arrière. Se définissant comme des éleveurs ancrés à leur territoire, attachés à leur implication sociale locale, Luc et Marc se tournent aujourd’hui vers l’arrivée d’un troisième associé.

Remplacement mutuel

Plus proche du Cantal, ce groupe de 15 éleveurs aveyronnais, qui se remplacent mutuellement. Bernard Cuq, engagé dans la filière Veau d’Aveyron, est l’un d’eux. Il se fait remplacer 20 à 25 jours par an pour des week-ends, une semaine de congés et des animations commerciales. Il rend la pareille à ses collègues éleveurs de bovins viande comme lui ou bien il va traire chez des laitiers, en s’informant en amont du fonctionnement du troupeau. Des échanges à l’origine d’améliorations en s’inspirant de pratiques vues ici ou là. Sur son exploitation, de nouveaux boxes à veaux sont ainsi en construction, conçus grâce aux idées repérées ou suggérées par ses collègues, de même qu’un chariot sur rail pour la paille.

P. Olivieri


A retrouver dans les pages de notre édition papier datée : samedi 8 septembre 2018

Article publié le 10/09/2018 à 06:11
Auteur : Administrator User

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