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Le bio : “Un nouveau souffle apporté à notre métier”

05 octobre 2018 à 08:53
Béatrice Bromet évoque aussi une forte entraide et de nombreux conseils échangés entre agriculteurs en bio.

Pour Béatrice et Cyril Bromet, éleveurs limousins engagés dans une conversion en mai 2015, le bio a ouvert le champs des possibles et amené à penser différemment leur métier.

Le bio ? “Il y a six ans seulement, je ne m’y voyais pas du tout, j’avais la main trop piqueuse pour ça !”, s’amuse Béatrice Bromet, qui appréhendait alors tout pépin sur son cheptel et préférait intervenir d’emblée à “l’artillerie lourde”, les antibiotiques, au moindre souci. Une habitude qu’elle a revue depuis qu’elle s’est convertie au bio avec son mari Cyril, recourant désormais aux huiles essentielles, à l’argile sous toutes ses formes et à une vaccination préventive systématique(1) sur ses veaux limousins. 
Pour le couple, associé depuis  cinq ans après avoir conduit chacun indépendamment sa propre exploitation, cette conversion a apporté un nouveau souffle à leur métier. “On n’en avait pas fait le tour mais ça nous renvoie à tout un tas de pratiques saines qu’on avait oubliées. Et puis, on sentait que le vent tournait, qu’il fallait s’adapter. On était aussi poussé par l’envie de mieux valoriser nos produits et de protéger l’environnement”, avance l’agricultrice de Boussac, sur les hauteurs d’Arpajon-sur-Cère. Qui cite entre autres exemples le “défrênage”. “Mon père m’a raconté que son père faisait des fagots de frêne qu’il amenait l’hiver aux veaux pour leur apporter des minéraux, les déparasiter... C’est quelque chose qu’on a réappris. Comme le fait que les vaches adorent les racines.”

Autonomes à 150 %

Et cette dynamique maman de trois enfants l’assure : le passage au bio n’a pas été aussi compliqué que redouté par certains. “On avait déjà des pratiques assez “légères” en termes de produits chimiques et on était autosuffisant, les deux caractéristiques les plus importantes à appréhender pour le passage au bio”, indique-t-elle. Une transition que Cyril, en charge des cultures, avait anticipée d’une certaine façon en développant la diversité fourragère sur ses parcelles avec des méteils fourragers, des méteils grains, en testant de l’épeautre...
La baisse de rendement ? Béatrice la reconnaît sans sourciller : - 30 % sur les fourrages, hormis sur les ensilages qui, bien qu’ils ne reçoivent plus la moindre unité d’azote, ont affiché des rendements équivalents en 2017 et 2018 à ceux des voisins. En céréales, la baisse est moindre. En misant sur la luzerne et sur des prairies longues, qui ont pris le temps de s’implanter en profondeur, ainsi que sur des sous-couverts trèfle-luzerne, l’exploitation parvient à rester autonome, y compris une année sèche comme 2018. “Le fait qu’on utilise nos propres semences joue aussi, atteste Béatrice. Elle se fortifient.” Les Bromet trouvent d’autres parades : les terres moins fertiles d’Imbert reçoivent des scories potassiques en complément d’un amendement calcaire et les intercultures sont devenues la règle “pour nourrir et décompacter le sol, éviter les adventices...” Seul bémol, que confirme Béatrice, des parcelles bien plus rapidement envahies par les chardons. “Ça gagne très vite, alors on fait du taille-haie...”

Les marchés au rendez-vous

Et en termes d’autonomie, on ne peut guère faire mieux : le Gaec de Boussac s’exonère de tout achat de granulé en produisant son mash à base de foin et des céréales produites sur place, un mélange placé dans les rateliers fourragers et qui contribue à la rumination des veaux dès le plus jeune âge. La paille ? Là encore, les Bromet sont en passe de s’affranchir d’achats extérieurs. Cette année, ils ont étalé une sous-couche de bois déchiqueté issu de leurs haies dans les bâtiments à aire paillée et ils ont en tête d’implanter à terme des rhizomes de miscanthus. Une plante pérenne (jusqu’à 20-25 ans), aux allures de roseau, originaire du Japon,  qui plie mais ne se rompt pas même sous 30 cm de neige. 
Véritable éponge, le miscanthus peut remplacer la litière animale tout en améliorant l’ingestion du fourrage quand il est utilisé comme complément alimentaire. Son seul tort : son coût, soit 3 500 €/ha...
Côté chiffres justement, quid de la valorisation des bovins en bio ? 
Béatrice et Cyril se félicitent d’une “belle valorisation”. Ici, toutes les vaches de réforme et les génisses “triées” sont engraissées et trouvent très facilement leur débouché en bio via Biovie. “On ne me fait pas attendre, le marché est en demande”, souligne l’agricultrice. Même satisfecit pour la vingtaine de broutards conduits jusqu’à 150 kg carcasse et vendus en bio via la Sicaba et Biovie à destination des bouchers et de la restauration hors foyer. “Ils partent 3-4 mois plus tôt qu’un broutard conventionnel mais ramènent le même chiffre.”
Jamais à court d’idées et de projets, le couple sait néanmoins pertinemment que la limite reste celle de la main d’œuvre. En regrettant que sur une ferme de 120 ha, “on n’arrive pas à faire vivre plus de monde”.  

 Patricia Olivieri
(1) Les antibiotiques restent autorisés en bio à raison de deux traitements par an pour les vaches, un pour les veaux. Au-delà, l’animal est déclassé.


A retrouver dans les pages de notre édition papier datée : mercredi 3 octobre 2018

Article publié le 05/10/2018 à 08:53
Auteur : Administrator User

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