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L’agriculture, un temps d’avance sur les usages et solutions numériques

03 septembre 2018 à 06:50
Premier agrituber de France, David Forge cartonne avec ses vidéos chaque semaine. Parmi les plus regardées sur sa Chaîne agricole, celle sur la moisson, avec près de 180 000 vues.

Secteur d’activités précocément soumis à la digitalisation des procédures, via la Pac notamment, l’agriculture est aujourd’hui à la pointe des outils et usages numériques, loin des clichés.

N’en déplaise  aux publicitaires adeptes d’une vision nostalgique de la ferme du milieu du XXe siècle pour doper les ventes de beurre et autres fromages industriels, la révolution numérique de l’agriculture est engagée depuis une bonne dizaine d’années. Certes, l’Union européenne a impulsé le mouvement en imposant des déclarations dématérialisées pour prétendre aux aides de la Pac, mais comme l’ont affirmé les intervenants de la séquence “grand angle” dédiée à l’agriculture connectée jeudi matin au forum Ruralitic, les exploitants agricoles - qu’ils soient céréaliers, éleveurs, viticulteurs... - affichent une réelle appétence pour ces technologies nouvelles. Sans même évoquer les drones et autres tracteurs autoguidés, le numérique fait partie du quotidien de l’exploitation.

“Le temps est venu de raconter notre métier”

“Mon smartphone, je suis toujours dessus”, confirme Florian Austruy, jeune producteur de lait qui a repris il y a deux ans le très modeste élevage de son oncle après un début de carrière dans l’événementiel. Et si l’éleveur de Saint-Martin-sous-Vigouroux a choisi de pérenniser cette exploitation familiale bicentenaire, c’est à la condition de ne pas en devenir esclave en recourant notamment aux outils connectés. Entre les clôtures connectées qu’il gère à distance par SMS et l’outil de monitoring qui l’alerte de l’imminence d’un vêlage, le jeune homme estime gagner dix heures chaque semaine, autant d’heures pour profiter de sa famille et d’une vie sociale. 
“Avant, il fallait mettre le réveil à 2 heures, aller voir la vache, le remettre à 4 heures... Là, je suis averti par un appel et un SMS une heure avant le vêlage”, témoigne Florian Austruy qui utilise par ailleurs l’application Selso, enregistre ses plans de fumure, son cahier de pâturage sur le Net... Des outils destinés donc à lui simplifier son quotidien et contribuer à développer ses performances technico-économiques. 
L’ambition de David Forge est autre. À 38 ans, ce céréalier dans l’Indre-et-Loire s’est imposé comme le premier agrituber de l’Hexagone avec sa “Chaîne agricole” qui affiche quelque 47 000 abonnés fidèles, plusieurs millions de vue et s’enrichit de 2 000 nouveaux followers chaque mois. Rien de sensationnel pourtant dans ses vidéos qui dépeignent son quotidien professionnel. Simplicité, véracité, transparence, talent pour décrire ses pratiques (du semis à la moisson), voilà la clé du succès de David qui poste à minima une vidéo par semaine à laquelle il consacre une demi-journée. Une passion complètement assumée : “Le temps est venu de raconter notre métier, de donner notre son de cloche. Moi je tiens à monter quelque chose de véritable à un grand public qui n’a plus forcément d’oncles, grand-parents agriculteurs...”, a déclaré David Forge. Ce dernier est surpris de constater que sa chaîne est aussi suivie par des agriculteurs y compris voisins de son exploitation, ainsi que de nombreux jeunes en passe d’embrasser le métier. Aujourd’hui ils ne sont qu’une poignée en France comme lui mais incarnent une génération d’agriculteurs et chefs d’entreprise 2.0 bien décidés à ne pas subir, ni courir après cette révolution digitale.

Une nouvelle économie agricole collaborative

Désireuse aussi d’exercer l’entraide, la mutualisation sous de nouvelles formes. “Grâce à un site comme Infoclimat.com, qui permet à des passionnés de météo de poster leurs données et relevés météo, je peux savoir qu’il pleut à une dizaine de kilomètres de chez moi et que les nuages arrivent, illustre encore David Forge. Entre agriculteurs, on partage aussi des infos, des vidéos, beaucoup d’informations sur le Net.” Un mouvement qu’a saisi avant d’autres un autre céréalier, Lot-et-Garonnais, Laurent Bernède, cofondateur de Wefarmup, une plate-forme d’économie agricole collaborative permettant de louer du matériel (avec ou sans chauffeur) entre agriculteurs. Lui est parti d’un constat : l’inflation des prix des matériels agricoles qui alourdit fréquemment l’endettement de l’exploitant. “J’ai toujours été effaré des montants d’investissements qui n’ont pas de  sens au regard de la valeur ajoutée créée sur l’exploitation”, affirme-t-il. D’où l’idée de ce “Airbnb” du machinisme agricole créé il y a trois ans et qui revendique 8 000 utilisateurs et 10 000 matériels. Wefarmup, qui fonctionne avec une dizaine de salariés, souhaite aujourd’hui développer son réseau d’ambassadeurs, des agriculteurs rémunérés pour référencer des matériels sur leur territoire. “Ça ramène de la pertinence économique sur les exploitations !”, assure Laurent qui voit dans cet outil collaboratif le prolongement du mouvement coopératif et cumiste.

Patricia Olivieri


A retrouver dans les pages de notre édition papier datée : samedi 1 septembre 2018

Article publié le 03/09/2018 à 06:50
Auteur : Administrator User

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