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20 ans de combat à la SDAE et autant d’années de retraites... indécentes

23 mars 2018 à 07:58
Marcel Flagel, 80 ans, et syndicaliste depuis toujours, mène un combat pour la revalorisation des retraites agricoles les plus basses.

L’ancien exploitant agricole d’Ayrens cumule les fonctions de représentant syndical régional et national ; avec ses autres fonctions assumées, son agenda est bien rempli.

Marcel Flagel en impose. Une carrure de rugbyman, bien planté. Sa force et sa vivacité ne laissent rien paraître de ses 80 printemps. Il donne d’ailleurs toujours des coups de main efficaces sur l’exploitation d’Ayrens (entre Jussac et Saint-Paul-des-Landes), où son fils et son petit-fils lui ont succédé. Et si l’adage qui veut que les voyages forment la jeunesse, Marcel subit une vraie cure de jouvence, entre le Cantal, Paris, Clermont-Ferrand, Saint-Étienne ou Lyon. Car, lui qui a toujours eu le sens de l’engagement dès qu’il s’agit de défendre des causes communes, occupe des responsabilités régionales et même nationales - depuis peu, suite à la démission de Marcel Volle - au sein du Syndicat national des anciens exploitants agricoles (SNAE).
Les 6 et 7 mars, il était encore à la capitale où se tenait le 43e congrès de la section des anciens de la FNSEA. Mais il est revenu déçu et ne s’en cache pas. Car le principal dossier porté par le syndicat n’aboutit toujours pas, faute de volonté politique de la part des gouvernements successifs : toujours pas de minimum garanti à 85 % du Smic pour les retraites agricoles. Pourtant, Marcel Flagel en a vu se succéder des politiques depuis 20 ans qu’il milite !

1 300 € à deux...

“Le projet sera une nouvelle présenté en mai”, affirme-t-il, sans grande conviction qu’il aboutisse, le gouvernement ayant fait savoir que les pensions agricoles seraient évoquées seulement en 2020, année d’une remise à plat de l’ensemble des systèmes de retraite. Marcel Flagel soupçonne un sombre calcul : “Sans arrêt, on repousse. Ils savent aussi que chaque année, nous serons moins nombreux. Ou alors, il nous faudra tous vivre jusqu’à 100 ans...” Sa seule consolation, c’est qu’il considère que les actifs ont enfin pris conscience de l’importance du discours des plus anciens. Et... que c’était aussi dans leur intérêt de les soutenir(1).  
Actif, Marcel Flagel l’a été tout au long de son parcours. Né en 1937 au Pont-de-Roche dans une famille d’agriculteurs, il entre à l’école agricole de Murat en 1951 et commence à travailler auprès de ses parents en tant qu’aide-familial, jusqu’à ce qu’il soit appelé sous les drapeaux. “Les classes, puis l’Algérie”, se souvient-il. Libéré en février 1960, il épouse Janine un an plus tard et ensemble, ils auront quatre enfants, une fille et trois garçons(2). 
Marcel sera tour à tour salarié agricole, “gérant d’exploitation”, vacher de ferme, laitier à Coltines... jusqu’à la reprise de l’exploitation familiale en fermage, de 1967 à 1985. “J’étais aussi assesseur au tribunal paritaire de Murat et j’ai demandé si quelqu’un connaissait une exploitation plus grande et surtout moins morcelée. C’est comme ça que j’ai découvert Clavières(3) et ses 108 hectares”, se remémore l’ancien exploitant, qui a successivement trait et même transformé avant de changer de système et de passer en allaitant (110 mères pour une production en race salers pure et croisée).  En fermage jusqu’en 1996, il finit par acheter, fonde un Gaec avec son fils Marc et auquel Janine se joindra aussi... Jusqu’à ce que, à son tour, elle fasse valoir ses droits à la retraite(4). Petite retraite, puisque le couple ne touche que 1 300 euros par mois. 
“Une nouvelle fois, c’est très injuste : j’ai pour ma part plus de trimestres qu’il n’en faut. Mon épouse n’en a pas assez, mais ce n’est pas cessible et racheter les trimestres était bien trop
onéreux.” Alors, Marcel et Janine se contentent de ce minimum, sous le seuil de pauvreté, situé à 1 491 € pour un couple sans enfant à charge. Lorsqu’il plaide  à la Région ou à Paris la revalorisation des pensions agricoles indécentes, il sait de quoi il parle. Cette volonté, cette verve, il les a depuis toujours, car son engagement syndical remonte à ses premières années dans la vie active. “JA d’abord”, souligne-t-il. “Tout a commencé par le maire de ma commune qui m’a poussé à devenir représentant local. C’est là que j’ai été en relation avec le syndicaliste Albert Monier, de Peyrusse. Il a été mon professeur”, sourit-il.

Une vie d'engagement

L’autre personnage qui a compté, c’est Claude Escure, responsable cantonal de la FDSEA. “Il a voulu que je sois son vice-président et il m’a laissé sa place lorsqu’il a cessé ses fonctions. Puis, après être parti à la retraite, c’est  Géraud Fabre qui m’a incité à adhérer à la section des anciens. Il cherchait quelqu’un pour le seconder... mais aussi un chauffeur pour aller régulièrement à Clermont !”, s’amuse celui qui ne craint pas de prendre le volant chaque fois qu’il le faut. 
Mais ce n’est pas tout ! Marcel Flagel a aussi siégé à la Chambre d’agriculture ; a fait trois mandats à la municipalité de Saint-Saturnin ; a continué d’être assesseur au tribunal paritaire d’Aurillac, après celui de Murat ; il est toujours secrétaire adjoint de la Fnaca cantonale ; président du club du 3e âge des Trois vallons... Des activités qui ne l’empêcheront pas de suivre le calendrier serré de la SNAE. “Je serai le 23 mai au conseil d’administration national, puis de nouveau à Paris pour une réunion de bureau le 19 juin. En septembre, une réunion décentralisée nous conduira à Niort, dans les Deux-Sèvres, avant un nouveau conseil d’administration à Paris le 14 novembre...” Marcel se félicite aussi que viennent dans le Cantal ses homologues d’autres départements, avec un séminaire régional qui se tiendra en octobre au Lioran. Pas le temps de s’ennuyer... “et une santé qui le permet”, souligne Janine, son fidèle soutien. 

Renaud Saint-André
(1) Pour financer la retraite à 75 % du Smic, les actifs avaient déjà dû mettre la main à la poche via une hausse de leurs cotisations.
(2) Aujourd’hui, Marcel et Janine ont sept petits-enfants et sont deux fois arrières grands-parents.
(3) Site du fameux château de Clavières d’Ayrens, totalement détruit par un incendie en 1936. 
(4) Le Gaec associe depuis 2015 leur fils Marc et leur petit-fils Maxime.


A retrouver dans les pages de notre édition papier datée : mercredi 21 mars 2018

Article publié le 23/03/2018 à 07:58
Auteur : Administrator User

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